Terrils

Photographie
2025
Bruxelles

Héritière de la mémoire d’un mineur de Charleroi, Mathilde Nardone fait éclore de l’autre bout des racines infinies du trou noir de la mine, vieux cauchemar du progrès, une végétation d’une impénétrable beauté exhalant de la poussière

Traitées à la manière des natures mortes flamandes, le détail et l’abondance des fleurs sont au cœur du sujet et poussés au paroxysme chez la jeune artiste. Elle enlève tout autre objet vase ou support intermédiaire reconnaissable, provoquant ainsi un jaillissement floral. Elle rivalise d’inventivité et de technique pour faire émerger la partie cachée de sa composition en apportant de la matière pure : du grain, voire des graines, de la profondeur en superposant les couches de fleurs sur un fond d’une noirceur glaçante, et du mouvement en trouvant le moyen de les sublimer par une lumière diffuse qui accroche le premier plan sensible qui hypnotise et laisse s’évanouir les plans reculés plus flous et plus sombres. 

Sa technique, abordée de manière expérimentale, – le scanner offrant cette dynamique inversée de l’envers et de l’endroit qui fait du travail initial d’assemblage de matières, d’objets et d’exposition un défi de pratique et d’anticipation à la manière d’un tissage fait avec un métier de basse lisse – est encore plus visible dans son travail appelé Natures mortes par scanner où la tentative, le plaisir de la recherche d’effet vivant, en s’amusant avec la machine-outil, en questionnant ses éventualités et ses limites et en observant l’interaction matérielle avec le naturel-sujet, échafaudent un visuel d’une finesse et d’une légèreté poétique extrêmement réjouissante. 

Ce travail autour de la trace impactant l’image permet la métaphore de la mémoire. L’obsolescence des fleurs est contrebalancée par leur audacieuse persistance ; au-delà de l’ornement, elles incarnent les souvenirs des fonds terrestres et par leur intrigante beauté, nous obligent à nous interroger sur leurs origines profondes.